CAI BÈ


Bonjour ! Nous avons passé notre toute première nuit au Vietnam en compagnie de nos amis les camionneurs. Avec beaucoup d’aprioris, j’ai pensé, hier soir, que l’on ne serait pas en sécurité, ou que l’on dormirait mal à cause du bruit… Et bien, non ! Nous avons été réveillés simplement de bonne heure, ce qui nous permet de lever le camp à 9h.

Nous poursuivons notre chemin vers Cai Bè. Nous profitons de l’état impeccable des routes que nous apprécions à sa juste valeur. Nous avons en tête les chemins du Nord du Laos que nous devrons d’ailleurs réempruntés dans un mois à notre sortie du Vietnam. Mais, nous n’en sommes pas encore là!

Pour l’instant, direction cette petite ville coincée entre le Mékong, le Song Tien et une rivière. On nous promet authenticité, verdure, vergers luxuriants… Bref, ça devrait nous plaire ! Nous approchons…
On suit les indications du Gps, qui nous fait passer par un petit chemin afin de nous faire entrer dans la ville. Nous empruntons des ponts où un seul véhicule peut passer. Nous roulons à travers champs… Le livre de tourisme ne s’est pas trompé ! Puis tout à coup, le décor change. Sans crier gare, nous nous heurtons de nouveau à la civilisation et à la vie urbaine, mais cette fois, à échelle plus que raisonnable !
Cai Bè fait parti de la région du Delta du Mékong, connu pour être le grenier du Vietnam et pour ses promenades sur les canaux. Nous souhaitons découvrir cette façon de vivre avec et sur l’eau. Nous en avons déjà eu un aperçu avec les villages flottants du Cambodge, on pourra ainsi comparer !
Samuel prend donc la direction du petit port. Il est 13h lorsque nous nous garons. Une femme nous aborde, alors que nous n’avons pas encore éteint le moteur de Bul ! Elle nous vante les qualités de son agence de voyage et nous propose un circuit en bateau. Nous la faisons patienter afin de prendre, tout de même, le temps de sortir et de fermer le camping-car ! Nous la suivons jusqu’à son agence où elle nous propose un tour de 3h30 sur les canaux pour découvrir les vergers et les paysages de la région… Ok, mais nous souhaitons tout d’abord déjeuner. Pas de problème ! Le guide qui va nous accompagner, et qui parle français, va nous emmener dans la maison de Monsieur Ba, où l’on peut manger.
Il ne nous reste plus qu’à attendre l’arrivée de notre guide et du bateau ! Cinq minutes plus tard, nous faisons la connaissance de Nhi, qui parle très bien français... d’autant plus, qu’elle l’a appris toute seule !
Nous voilà tous les 4, embarqués sur notre petit bateau. 
Nhi nous explique qu’il y a un marché flottant et que les bateaux de commerce ont chacun leur spécificité. Aussi en guise d’enseigne, le vendeur ambulant accroche un fruit en haut d’une perche.
Le Mékong est impressionnant et la vie qui y règne l’est tout autant ! Ici, l’utilisation du bateau est banale et de rigueur… Un peu comme nos voitures en France. Non ! Si je dois faire une comparaison, je dirais plutôt : « un peu comme nos camping-car ! ». En effet, avoir un bateau signifie vivre sur son bateau avec toute sa famille !


Nous découvrons donc deux mondes différents :
1°)Les voyageurs : un univers qui se trouve sur l’eau peuplé par les pécheurs, les transporteurs…, et leur famille qui les accompagne. Ils ne possèdent pas de domicile fixe et voguent sans cesse.


2°) Les sédentaires : un monde parallèle s’est développé de part et d’autre de la rive. Les maisons, construites entre la terre et l’eau, elles sont comme tiraillées entre les deux. Certaines nous dévoilent l’activité de leurs occupants, sans pudeur.
Je pense que le rythme du village flottant du Cambodge que nous avons visité se rapproche de celui des familles vivant sur les bateaux ici. 

Nhi nous fait remarquer les yeux peints sur l’avant des bateaux, qui permettent à l’embarcation d’avoir un regard sur les profondeurs du fleuve et ainsi éviter tout accrochage. Par contre, si le navire peut ainsi « voir », il est également « vu ». C’est pour cette raison, que les bateaux des pécheurs sont « aveugles »… ainsi, le poisson ne remarque pas sa présence et se fait ainsi plus facilement prendre dans les filets !



Nous arrivons après 20 minutes, à la maison de Monsieur Ba. Elle a été construite en 1938 par le mandarin du village, dans le style colonial français, et abrita des soldats vietnamiens durant la guerre du Vietnam. Elle appartient depuis 6 générations à la même famille. La place des ancêtres morts est primordiale et leur date d’anniversaire de leur décès est fêtée. D’ailleurs, les Vietnamiens ne fêtent pas le jour de leur naissance…. Donc pas de cadeau d’anniversaire! Lila en est toute perturbée !!!


Ce n’est pas tout ça, mais notre table nous attend et nos nombreux plats vont refroidir ! Nous ne pouvons pas tout manger, car il y a beaucoup de mets différents : une soupe, un poisson du Mékong que l’on mange avec des crudités dans une feuille de riz, des nems, du porc caramel et du riz !!! Mon estomac n’est malheureusement pas au top de sa forme, ce qui m’oblige à goûter à tout mais en petite quantité. Samuel, lui, n’a plus l’habitude de manger autant et est vite rassasié, quant à Lila… ce n’est pas elle qui va avoir le plus d’appétit !

Nhi demande aux serveuses de nous mettre les restes à emporter, et nous voilà reparti en direction de notre bateau avec notre repas sous le bras…


Très rapidement, Nhi et Lila se sont très bien entendues et leur complicité est jolie et belle à observer.
Lila et notre guide Nhi en pleines confidences!

Nous nous arrêtons, à présent, dans un atelier de sucrerie où nous assistons à la préparation des caramels, des galettes au sésame, du pop-corn de riz ! 

Nhi nous tend assiette sur assiette afin que l’on goûte les produits locaux !... Nous sommes rassasiés, d’autant plus que notre repas est terminé depuis moins de trente minutes ! Mais peut-être qu’une petite liqueur fera passer tout ça ?
Pour une bonne liqueur, le serpent doit y être conservé au moins 3 ans! Qui veut goûter? Pour ma part, je passe mon tour!
Avant de repartir de cet atelier, nous croisons un tout gentil et tout mignon, et tout petit… SERPENT!

Nhi le met d’office sur les épaules de Samuel, guère rassuré au début !
 Lila rigole, s’approche, recule… Elle ne sait pas comment réagir… Je ne veux pas montrer à ma fille, mes craintes et ma répulsion. Je tente de me contrôler, mais c’est dur !


Mais j’ai finalement réussit à le tenir par la tête quelques secondes !


Notre balade se poursuit. Nous mettons le cap, vers la vendeuse de fruits en tout genre. Nous accostons sur son bateau aussi grand que le nôtre et découvrons des kilos de fruits répartis sur le sol du navire. A peine, sommes-nous à bord que nous avons droit encore à une assiette de dégustation ! Nhi demande à Lila quel fruit elle aime : « Des bananes ! ». Et en quelques secondes, nous nous retrouvons avec un sac remplis de petites bananes !

Nous prenons congé de notre vendeuse, et poursuivons notre chemin. Nous devons remonter un peu le fleuve et surtout le traverser, afin d’atteindre la berge d’en face. Nous nous apprêtons à manœuvre, lorsque nous remarquons cette drôle d’embarcation… Elle est tellement chargée, que nous nous attendons à la voir couler d’un instant à l’autre… Et bien, non ! Nhi ne semble pas comprendre notre étonnement et nos craintes pour cet homme et son bateau. Non, c’est bien ça ! Tout est normal et habituel !

Nous apercevons toute sorte de bateaux : petit, immense, en bois ou en tôle… Mais tous ont cette spécificité : la partie « travail » à l’avant, et l’arrière est privatif ! C’est pour cette raison, que l’on voit souvent du linge sécher sur la poupe.



Ce navire vert est gigantesque. Du fond de sa cale à la bande jaune peinte : 5 mètres ! Pourquoi cette précision ?

Parce qu’une fois chargée, ce bateau change « légèrement » d’allure ! C’est ce que l’on appelle une immersion totale !
Nous abandonnons, pour une vingtaine de minutes environs, notre bateau à moteur et nous embarquons sur cette petite barque en bois dont la taille est adaptée à la navigation sur canaux. Les rames sont très longues, obligeant/permettant au navigateur de rester débout et de voir ce qu’il y a devant lui. C’est une femme au sourire très doux qui sera notre pilote. Je l’observe un instant et je comprends que le maniement de cette embarcation nécessite beaucoup de précisions.

Nous naviguons à travers un village uniquement accessible par bateau. Les maisons sont bâties sur la terre ferme. Nous pouvons ainsi assister à quelques scènes de vie comme une réparation d’une barque, ou le déchargement de centaines de briques… Cette promenade a un effet zen que nous ! Nous écoutons le bruit de l’eau et des rames qui l’a repoussent, le chant des oiseaux.

Le paysage est plus « intime ». La nature semble s’être figée à une autre époque, avec beaucoup de douceur et de précaution.

Pour le chapeau conique, il ne s’agit pas uniquement d’un accessoire qui fera plaisir au touriste ! Beaucoup de Vietnamiens le portent encore.



Notre parcours en barque s’achève, et nous descendons sur la terre ferme pour découvrir un verger de durian et de pommes d’amour !
Nhi nous offre une dizaine de ces petites «pommes» rouges «bio»… Je n’ai pas le droit de sortir mon porte-monnaie ! Incroyable ! Nhi est une personne généreuse et attentive. Je crois qu’elle nous a pris sous son aile ! 
Durian: ce fruit à écorce jaune peut peser jusqu'à 25kg!
Nous retrouvons notre bateau à moteur et faisons demi-tour. Nous aurons passé 4 heures en compagnie de Nhi. Avant de nous quitter, elle nous demande ce que nous faisons ce soir, si nous repartons déjà ou restons à Cai Bè. Je remarque qu’elle n’a pas envie que l’on se quitte ainsi. Nous lui faisons comprendre que nous allons chercher un endroit proche d’ici pour la nuit. Elle nous propose alors de venir nous garer près de chez elle, car il y a de la place. Lila est ravie et nous aussi ! Nous retrouvons Bul. Nous rangeons dans le frigo nos victuailles et démarrons.
Nhi nous précède en scooter et nous devons nous concentrer afin de ne pas la perdre de vue ! Il y a plus d’une vingtaine de deux roues devant nous ! Au bout de cinq minutes, nous ralentissons et sortons de la voix rapide… Nous sommes chez les pompiers ?!
Le mari de Nhi est pompier (au Vietnam, les pompiers sont obligatoirement des policiers). Il y a effectivement une place suffisamment grande devant la caserne… mais face à la route ! Tant pis ! On commence à être habitué au bruit de la circulation et nous avons envie d’être au contact de Nhi et de sa famille.



L’époux de Nhi est le conducteur de ce véhicule datant des années 60. Magnifique camion mais extrêmement dangereux à cause de son chargement d’eau ! Nhi m’avouera au cours de la soirée être effrayée à chacune des sorties de son mari. Il ne s’agit pas d’une peur irrationnelle ou exagérée : les accidents avec ces engins sont nombreux et mortels.

Nhi nous ouvre les portes de sa maison. Nous faisons alors connaissance avec sa famille. Elle est la maman de deux garçons de 8 et 6 ans. Au vue de son attitude et de celle de son mari envers Lila, je me permets de lui demander si elle ne voudrait pas un troisième enfant, si possible une fille. Nous sommes, avec Samuel, stupéfaits d’apprendre que le Vietnam a mis en place une politique de natalité, limitant le nombre d’enfants par couple à 2.
La maison de Nhi et de sa famille est à côté de la caserne. Elle est composée d’une pièce servant à la fois de salon, salle à manger, chambre. Au fond un rideau s’épare la pièce en deux, et isole le coin cuisine. Dans un renfoncement de la partie cuisine, on trouve un wc et un robinet d’eau. 
Nhi nous propose alors de profiter de sa douche et ainsi de préserver notre eau ! On est touché par tant de générosité. On va donc chercher nos serviettes, changes et savon. Nhi me montre comment procéder. Faire couler l’eau dans un seau, la puiser avec la petite « casserole » en plastique et s’asperger !
Nous finissons de nous préparer quand Nhi me demande si j’ai du linge à laver… Je ne veux pas abuser de son hospitalité mais elle insiste et j’avoue que ça va nous aider ! Et nous voilà, à refaire un aller/retour dans Bul pour aller chercher notre linge sale. Nous laissons la machine œuvrer et nous dirigeons familles Vietnamiennes et Françaises au restaurant se trouvant de l’autre côté de la route.
Pour traverser, pas de passage pour piétons ! Il faut slalomer entre les voitures, camions, scooters roulant à vive allure. Nous apprenons alors a traverser à la mode Vietnamienne. C’est impressionnant, mais ça fonctionne ! Il faut laisser passer les véhicules les plus gros (ils ne s’arrêtent pas) et se caler sur la vitesse des 2 roues qui nous contournent. Et ne surtout pas courir !
Ce sont Nhi et son mari qui commandent pour nous : au menu : 1 poulet noir, 2 oiseaux, du riz, des courgettes, et une omelette pour les enfants.  Nous allons découvrir de nouveaux plats ! Je vois alors le cuisinier s’approcher de notre table avec 2 volatiles bien vivants dans les mains. Le mari de Nhi approuve, le cuisinier repart en cuisine et le son sec de la lame d’une machette retombant sur le billot se fait entendre…
J’avoue avoir perdu le sourire quelques secondes et m’être sentie coupable d’un double homicide !!! Nhi, heureusement, me comprend. Les plats arrivent… et je dois prendre sur moi pour les goûter. C’est bien cuisiné, et je trouve finalement les mets bons.

Nous passons une très agréable soirée tous ensemble. Malheureusement, le mari de Nhi ne parlant ni anglais, ni français, nous ne pouvons converser. C’est sa femme, qui lui traduit de temps à autre la discussion. Elle nous parle de son pays, de ses coutumes. La position de la femme au sein de la famille est pénible. Elle est soumise à son mari qui prend, seul, les décisions. Elle travaille beaucoup (plus que ces messieurs). Elle peut divorcer, mais à cause du regard très dure de la société, elle sera couverte de honte...
Pour l’éducation des enfants, les parents sont encore traumatisés par la guerre et cèdent beaucoup de choses à leurs progénitures ! L’enfant est roi, l’adulte anticipe ses moindres envies. La naissance des bébés filles posent encore problème (au moment du mariage, la fille part vivre dans la maison de son mari, donc de ses beaux-parents, et cesse ainsi d’aider ses propres parents), et certaine famille préfère se « séparer » de cette bouche inutile ! Encore aujourd’hui !
La société vietnamienne est confrontée à des jeunes élevés avec Facebook et internet. Elle doit donc évoluée vite car les adultes de 20 ans, et surtout les filles, commencent à remettre en question tout le système sociétal.

Nhi souhaite apprendre l’allemand et l’espagnol ! Elle a appris dans des livres, le français et l’anglais. Elle fera donc de même pour les autres langues ! J’admire cette femme pleine de courage, qui nous dit être chanceuse d’avoir épousée cet homme, qui est au final assez « gentil ». Je ne peux m’empêcher de penser que la personne qui a le pouvoir à cette table, à cet instant, n’est pas son mari mais elle ! Le pouvoir de la communication ne m’a jamais paru aussi fort !

Demain, c’est lundi ! L’école pour les garçons. La soirée touche à sa fin. Nous ne parvenons pas à payer l’addition ! Nos « mercis » me semblent un peu fades !

Nous retournons chez Nhi chercher notre linge propre. Puis nous nous dirigeons tous ensembles vers Bul. Les garçons ne l’ont pas encore vu.
Dernières rigolades sur notre lits, et nous nous disons au revoir.


Nous avons en tout cas, été extrêmement touchés par l’accueil, la douceur, la générosité de cette famille. Nous vous remercions encore une fois, et aujourd’hui, le Vietnam possède un peu de votre visage.





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