"LE SALAIRE DE LA PEUR" EN 7 ACTES!
Acte 1:
Samuel n'a pas beaucoup dormi cette nuit. Pour ma part, je reste d'un calme étonnant!
En sortant ce matin du camping-car, Samuel croise le propriétaire de la maison devant laquelle on est garé. Il s'excuse et lui explique la situation, qu'il comprend très bien...lui! C'est alors que le gérant de la station se précipite vers nous, calculatrice à la main. Il nous réclame 50 000 kips pour la nuit... Le prix de la gesthouse de Céline et Eric! Certes, ce n'est que 6 euros, mais cette façon de faire ne va pas du tout!!! Samuel explose! Le propriétaire de la maison intervient, j'essaie de raisonner mon mari... Notre "voisin" propose à Samuel de l'accompagner chez le garagiste. C'est durant son absence que le pompiste revient à la charge avec une personne parlant anglais... Sauf qu'il s'adresse à la mauvaise personne...Le "traducteur" gêné me demande de payer... Je lui explique que le "motorhome is broken" et que pour le reste, "I don't speak english!"... Fin de l'Acte!
Acte 2:
Samuel est de retour et m'avertit qu'un garagiste arrive... on respire, un peu! Mais pas pour longtemps! Le "grippe-sous" revient à la charge avec le traducteur. le ton monte. Le garagiste arrive... Sur le parking, il commence à y avoir foule. Avec le voisin, on fait comprendre à Samuel que ça ne serre à rien de s'énerver... mais les nerfs sont à vifs. Il tend le billet au pompiste avec mépris! Samuel lui crache un "You are a bad guy!", mais il s'en fiche; il a eu ce qu'il voulait et s'en va! Notre voisin d'une nuit s'excuse de ce comportement... En 2 mois de voyage, cela aura été notre seule mauvaise rencontre. De toute façon, on n'a pas le temps de se "prendre la tête" pour ça! Le garagiste nous fait comprendre qu'il faut déplacer Bul... 3,5 tonnes à pousser?! Heureusement, nous sommes en légère pente. Nous pouvons rouler en seconde, il faut juste prendre assez d'élan! Samuel se met au volant, allume le moteur et on pousse, le garagiste, le voisin et moi, le camping-car qui commence à bouger puis prend de la vitesse. Samuel passe en force la seconde et peut rouler...
Acte 3:
Nous voilà, à présent, chez le garagiste et on se détend! Un peu! On attend son diagnostique. Il enlève la plaque sous le moteur qui et effectivement cabossée! Le liquide noir de l'embrayage finit de s'écouler...
Le garagiste souffle et demande à Samuel de le suivre. Il lui montre une pièce d'embrayage accessible sur sa camionnette puis lui montre la nôtre, bien cachée à l'arrière du moteur. Impossible pour lui de réparer car il n'a pas les outils adéquats! Il nous faut aller avec Bul sur Luang Prabang! On le regarde avec des yeux ronds et l'angoisse ressurgit! Nous devons rouler 200 km, avec un camping-car de 3,5 tonnes, sans embrayage, sur une route pas toujours assez large pour deux véhicules ou tout simplement pas assez bonne (on l'a connaît! on l'a prise à l'aller et c'est à cause d'elle, que nous en sommes là!!!).... On réalise alors ce qui nous attend : rouler des heures au pas, traverser des villages, éviter les véhicules ou deux roues en tout genre et tout ceci, sans jamais s'arrêter au risque de rester bloquer pendant... longtemps!... au milieu de nul part (je m'imagine mal devoir pousser Bul sur une piste cabossée!).
Acte 4:
Le garagiste remet la plaque sous le moteur après l'avoir réajustée... Samuel part chercher à manger (le restaurant à midi est exclut!) et moi, je range tout ce qui pourrait se renverser durant le trajet. Ne pas s'arrêter lorsque l'on rencontrera des trous risque de transformer l'intérieur du camping-car en shaker ambulant! Je prépare le lecteur DVD pour Lila. Je préfère la voir devant les dessins-animés pendant des heures, plutôt qu'elle ressente notre stress. Elle a déjà bien compris que Bul était cassé et a eu, hier, un instant de panique heureusement vite maîtrisé.
Nos amis français viennent aux nouvelles et se propose même de nous accompagner! On ne va pas les entraîner dans notre galère mais on apprécie l'attention! Dernier détail avant de partir : il faut aller chercher du gasoil... à la station-service de Grippe-sous, quelle ironie!!! Eric accompagne Samuel pour éviter tout conflit. Ils sont de retour 15 minutes plus tard, les jerricanes pleins. Le gérant fut charmant!?! On ne cherche pas à comprendre... Il est l'heure de partir! On quitte nos amis, le coeur gros et angoissé. On installe Lila dans son fauteuil. On branche son lecteur DVD. Samuel prend place côté conducteur. Allume le moteur... Le garagiste et moi poussons Bul hors de son garage, jusqu'à la pente (heureusement, là encore il y en a une!). Je grimpe en marche dans la cabine.... Bul prend de la vitesse et Samuel peut enclencher la seconde.... C'est parti!
Acte 5:
Samuel doit rester assis, le pied sur l'accélérateur et rouler entre 20 à 30 km à l'heure, en faisant attention de ni caler, ni rouler trop vite. Moi, à côté, j'ai les yeux rivés sur la route, le guidant du mieux possible afin d'éviter les trous... ou du moins, les plus gros. Et à chaque fois, j'encourage Samuel en lui disant "ça passe, vas-y!". Je me mets même à parler à Bul et je le félicite de sa coopération!!! Nous sommes souvent obligés de rouler à contre sens, si sens il y a sur de telles routes! Lorsque cela est nécessaire, je m'assois sur la fenêtre de ma portière, me permettant d'être vue par les personnes extérieures. Je peux ainsi leur faire signe de se pousser, sous leur regard incrédule!... et souvent incompréhensif! Nous avions déjà remarqué que nos "signes" français n'avaient pas souvent la même interprétation ici, en Asie!... C'est ainsi, qu'à cause de nous, une jeune fille sur mobylette est contrainte de rouler sur un talus.... si vous aviez vu sa grimace! Nous avons dû lui faire une belle frayeur... j'en suis navrée; mais je vous rassure, elle ne s'est pas arrêtée et a poursuivi sa route, tout comme nous! Quelques heures plus tard, un touriste à vélo est face à nous.... sa portion de route est bien meilleure que la nôtre... On lui demande de se pousser, lui croit qu'on le salue!!! Il nous crie un grand "Hello!" en retour!... On en rigolera plus tard!... Et encore une fois, ça passe! On poursuit notre chemin sans s'arrêter! Rouler sur des sentiers déserts, traverser des villages et villes, faire attention au sortie d'école ou au retour du travail, zigzaguer à travers les marchés, passer sur des ponts étroits... On ne s'arrête pas! J'ai même prévu une bouteille vide pour Samuel, au cas où il ne puisse plus se retenir.... Il n'en aura pas l'utilité.... Le stress permet de couper court à certains besoins naturels!!! Nous roulons maintenant depuis plus de 5h30, avec une moyenne de 25 km/h, et nous approchons enfin de Luang Prabang!... Mais à présent où aller? Le garagiste de Nong Khiaw ne nous a pas donné d'adresse mais simplement dit que l'on trouverait des garages près de la station de bus... Encore faut-il la trouver... et le soleil est en train de se coucher! On passe devant des concessionnaires fermés. J'ai à peine le temps de lire Ford, Hyundai... La tension dans l'habitacle n'est pas retombée car la circulation est devenue très dense. Il va falloir maintenant trouver un endroit où "poser" Bul pour la nuit! On est en train de s'engager sur une route avec beaucoup trop de voitures, donc trop de risques de causer un accident! Il ne faut pas non plus que l'on se retrouve en plein coeur du centre ville. On est passé devant une grande station service avec une entrée/sortie légèrement inclinée (on pense à demain... pour repartir!)... Encore faut-il pouvoir faire demi-tour! On aperçoit un rond-point... On n'a pas le choix... on s'élance, on fait signe aux autres véhicules de ralentir, aux motos de s'arrêter... et on passe! On coupe la route à un tuk-tuk et enfin on entre dans la station-service. Samuel peut enfin retirer son pied de l'accélérateur... Bul cale. Il est 18h30 et on est arrivé à Luang Prabang!
Acte 6:
Notre arrivée peu discrète a attiré l'attention et Samuel explique le problème à la propriétaire de la station. Celle-ci voudrait que l'on se déplace un peu... pour éviter de gêner... Son mari arrive, comprend, rassure sa femme sur le fait que l'on ne gêne pas... on reste là où l'on est pour la nuit! Ce soir, on mange un peu plus qu'à midi... et on se couche. On est vidé! Lila, elle, a passé un super après-midi devant ses dessins-animés. tant mieux!
Après une courte nuit, nous débutons nos recherches sur internet. Nous avons trouvé les coordonnées du garage Ford, vu la veille, mais impossible de passer un appel avec mon téléphone... Samuel prend contact via Facebook avec un ami franco-laotien vivant à Ventiane... Ce dernier téléphone pour nous au garage et nous tient informer en temps réel par internet. Il nous dit que le directeur du garage est français (encore une fois, nous avons beaucoup de chance!) et que celui-ci nous envoie une équipe de mécaniciens. Vingt minutes plus tard, nous la voyons arriver! Après une étude rapide, nos "sauveurs" nous posent une question toute simple mais qui ne laisse rien présager de bon: est-ce que l'on a des pièces de rechanges?.... Non, bien sûr que non!!! Après un échange avec le patron, ils nous disent qu'ils vont nous prendre en charge, qu'il faut attendre et qu'ils vont revenir pour nous tracter... ou du moins, c'est ce que nous avons cru comprendre. Nous voyons, 45 minutes plus tard, une dépanneuse s'approcher de nous!.... Les Laotiens qui la conduisent affichent un large sourire en nous voyant! Ils ne doivent pas dépanner tous les jours des camping-cars!... Mais leur sourire va vite s'estomper lorsqu'ils comprennent que Bul est légèrement volumineux et large!
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| Samuel se place derrière le volant pour placer Bul dans l'axe de la dépanneuse! |
En le soulevant, l'arrière-train de Bul passe à quelques millimètres du sol... et une fois hisser, une des roues arrière se retrouve à moitié dans le vide!
Ils tentent de le redescendre mais cette fois, ça ne passe plus! Et le bas de caisse touche le sol! On n'a pas le choix, ils le hissent de nouveau... Ils le sanglent un maximum... et c'est partit! Lila et moi grimpons dans le camion, Samuel reste dans le camping-car, car il n'y a plus de places dans la dépanneuse.
Acte 7:
Nous ne passions déjà pas inaperçus avec Bul mais là, c'est quelque chose! Bul posé sur un camion....! Ca laisse bouche bée plusieurs personnes durant notre trajet!
Nous parvenons enfin au garage... Le directeur français, Flo, nous accueille. Nous avons presque envie de l'embrasser! La tension de ces deux derniers jours retombe. Il ne nous reste plus qu'à faire descendre Bul de son perchoir. Heureusement le garage possède une dalle en béton surélevée. On peut donc "décharger" Bul sans toucher le sol! On ne pourra pas dormir ce soir ici...; on commence donc à regrouper nos affaires. Flo et son équipe sont invités à une pendaison de crémaillère de l'une des employées du garage. Il est 12h30, et nous invitent à les suivre!!! C'est aussi simple que ça ici, et tout aussi généreux! On accepte avec plaisir! On est en décalage complet, et ça nous change les idées! La fête (baci) est impressionnante: environ 300 convives sont présents! Il y a tout le gratin mondain de Luang Prabang... des gens fortunés. Une maison dans le quartier où nous sommes atteint facilement 1 à 2 millions de dollars!!!! On en revient pas! On quitte une population pauvre, vivant de manière précaire (selon les normes occidentales...) et nous voilà, à présent, projetés dans une société vivant dans un confort moderne. Nous déjeunons avec Flo et Touille (un des collaborateurs du garage, qui connaît très bien la France pour y avoir, je crois, séjourné) et cette parenthèse est fort appréciable! Nous leur racontons notre périple de la veille et ils n'en reviennent pas! Ils connaissent très bien la route que nous avons emprunté et trouvent incroyable la chance qui nous a guidé jusqu'à eux! Ne serait-ce qu'un heureux hasard?! Pour ma part, je pense que nous avons "reçu" un gros coup de pouce.... Alors merci à notre "bonne étoile"!
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| Nous sommes en compagnie de Flo, devant l'entrée de la propriété de son employée |
Nous regagnons tous ensemble le garage. Samuel et moi finissons de regrouper nos affaires, vidons le frigo, purgeons l'eau, éteignons l'électricité et le gaz... Bref, le coeur serré, nous mettons Bul sur pause... en espérant que cela soit pour une courte période! Touille se propose de nous déposer à une guesthouse dans le centre ville. On charge les sacs à dos, les vélos dans le pick-up et on s'en va... Ce n'est pas un moment agréable... Ce n'est "qu'un camping-car" mais nous réalisons qu'il a pris une place inattendue importante dans notre aventure.
Une heure plus tard, nous sommes installés dans notre chambre, un peu perdus et assommés. Après une bonne douche, nous partons manger. Nous ne sommes pas d'humeur à découvrir la ville ou encore à chercher un "bon-petit" restaurant. Nous remarquons tout de suite la différence de prix avec le Nord du Laos... Tant pis, ce soir, on entre dans le premier restaurant... on verra demain où l'on peut manger à des tarifs un peu plus bas!
Nous sommes le jeudi 15 décembre 2016, et nous passons notre première nuit à Luang Prabang, loin de Bul.
FIN DU PREMIER OPUS







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